Pour ceux qui n'ont ni vu l'autre "Lolita", ni lu le livre de Nabokov, je vous fais un rapide résumé, sachant que je ne saurais trop conseiller la lecture du livre. Néanmoins, prudence, je me suis tapé, il y a déjà quelques temps la version française, et c'est relativement illisible, tant le style est ampoulé, vieillot. D'aucuns crieront au scandale en prétextant que c'est un genre délibérément voulu par l'auteur, je leurs réponds que le livre est bien, mais merde c'est pas une façon d'écrire !
Quoiqu'il en soit, et maintenant que ce prologue est terminé, sachez l'essentiel, ce film traite d'un sujet assez chaud, la pédophilie. Je n'entrerais pas dans un débat vaseux pour définir la pédophilie et quand il y a acte de pédophilie, sachez que vous devez avoir votre opinion sur le sujet.
Nous découvrons donc un charmant monsieur, Humbert Humbert, professeur de littérature française aux USA, et ce monsieur a vécu une bien triste histoire, il a eu un amour de vacance, Geneviève, qui est décédé quand il avait sûrement dans les 14 ans, quelque chose dans son cœur s'est figé. Cette chose c'est l'amour des petites filles. C'est un peu douteux comme excuse, mais ça tient mieux la route que d'affirmer que quelqu'un est déviant sans chercher à comprendre pourquoi il est comme ça... bon, je me calme et je reprends.
Ce monsieur cherche un logis peu coûteux car il donne des cours dans une fac. Il s'adresse à Mme Haze, qui lui fait faire le tours de son horrible maison. HH veut se barrer, quand d'un coup, il aperçoit Dolores Haze, la fille de Charlotte, qui lit un magazine, sapé dans une robe d'été trempée par un arroseur. Le clash. HH décide donc de s'installer dans la baraque.
Bon, s'ensuivent des petits problèmes avec la mère qui font qu'elle décède (attention, HH n'y est pour rien). HH part donc (au fait, vous aviez compris qu'HH désigne Humbert Humbert) récupérer Dolores, que dorénavant nous appellerons Lolita ou Dolly ou encore Lo'. Ils nous font ensuite un road dans le pays, et en passant, ils font des trucs que logiquement un homme ne fait pas avec une fillette. Avouons tout de même que Lolita lui fait pas mal de rentre dedans. Bref, un autre gars s'insère dans le décor, Quilty, qui, phonétiquement en anglais se rapproche de Guilty, vous voyez donc où je veux en venir. C'est avec lui que Lolita finira par partir. Puis, au bout du rouleau, HH retrouve sa Lo', qui lui demande des thunes, et qui s'est marié avec une sorte de chose sur deux pattes, au demeurant fort sympathique.
L'affrontement final oppose Quilty a HH, lors d'un remarquable dialogue où l'on tente de discerner qui est le salaud dans l'histoire. Bon, HH est arrêté pour le meurtre de Quilty, au moins si vous y allez pour le suspense, c'est loupé !
En premier lieu, j'aimerais parler un peu du film présent et dire ce que j'en pense, mais surtout, après, aller plus loin en comparant inévitablement ce film aux références antérieures, à savoir le livre et
Lolita de
Stanley Kubrick
Stanley Kubrick
- Eyes Wide Shut
- Shining
- Barry Lyndon
.
Sur le film d'
Adrian Lyne
Adrian Lyne
- Lolita
, on peut remarquer quelques points vraiment intéressants. Concernant la réalisation tout d'abord, elle est très belle, et la photo suit le même cap, de très beaux effets météorologiques, de belles lumières et une couleur magnifique, collant au film comme rarement j'ai vu. Bravo donc à
Howard Atherton
Howard Atherton
- Lolita
- Bad Boys
qui s'est chargé de la photo.
Plus avant dans le film, les acteurs sont biens, avec un
Jeremy Irons
Jeremy Irons
- Lolita
- Une Journée en Enfer
toujours à la hauteur des rôles qui lui sont proposés, mais légèrement embarrassé quelque fois. Malgré je pense de nombreuses prises, certaines scènes ne sont pas assez distanciées, et parfois trop. Bien sûr, c'est le personnage de HH qui veut ça, ce dernier étant durant toute l'histoire partagé entre sa raison et son amour effréné de la petite Lo'. Mais je persiste et je signe, la performance n'est pas la meilleure de ce cher Irons. La petite
Dominique Swain
Dominique Swain
- Lolita
, par contre, m'a grandement impressionnée. Outre le fait que son physique colle bien au perso (en plus vieux toutefois, elle a seize ans et le personnage de Lo' est censé en avoir douze), elle sait réellement jouer. Ce n'est pas une sorte de chimpanzé qui répète les grimaces qu'on lui demande de faire comme un certain chiard qui fait que louper son p**** d'avion ! Bref je m'égare. Son jeu est sensible, assez effronté, et surtout, elle n'a aucune intimidation face à
Irons
Jeremy Irons
- Lolita
- Une Journée en Enfer
, et c'est très bien, dans l'histoire, Lo' domine
Irons
Jeremy Irons
- Lolita
- Une Journée en Enfer
et joue avec lui. Passons très vite sur la performance de
Griffith
Melanie Griffith
- Lolita
, on la voit peu et ce n'est pas forcément plus mal, sa tête n'étant pas "d'époque". J'y peux rien si c'est comme ça que je l'ai ressenti.
La musique est pas mal du tout, mélange très mélancolique, et se fondant dans le film et comme dit plus haut dans son ambiance météorologique particulière. Les habitués des musiques d'
Ennio Morricone
Ennio Morricone
- Mission to Mars
- U Turn
- Lolita
seront plutôt surpris...
Il n'y a pas vraiment de choses négatives à dire du film, si ce n'est le rythme, pas vraiment tel que je l'aurais espéré, mais c'est bien peu de chose. De plus, la fin, même si calquée sur le livre, me paraît un peu trop grandguignolesque, et un peu plus de recul n'aurait pas été un mal, enfin, c'est faire la fine bouche.
Non, vraiment pour voir où le film pèche, il faut entrer dans les comparaisons, et désolé pour ceux qui pensent que les références sont faites pour être oubliées, ce n'est pas mon avis.
Le film de
Lyne
Adrian Lyne
- Lolita
est vraiment la mise à l'écran du roman de
Nabokov
Vladimir Nabokov
- Lolita
, seuls quelques détails n'y sont pas présents, comme le prologue d'écriture de HH. En effet dans le livre, tout commence en prison, HH écrivant l'histoire de Lo' aux jurés. Mis à part ceci, le reste est très fidèle au livre. Trop ? Sûrement, en comparaison au chef-d'œuvre de
Kubrick
Stanley Kubrick
- Eyes Wide Shut
- Shining
- Barry Lyndon
.
La comparaison nécessite en effet d'être étendue au film de
Stanley
Stanley Kubrick
- Eyes Wide Shut
- Shining
- Barry Lyndon
, ce dernier étant à mon sens moins beau (un noir et blanc pas top, assez terne pour tout dire, mais là aussi fondant parfaitement avec l'ambiance nauséeuse de l'histoire) mais beaucoup plus personnelle. Et c'est là que le film de
Lyne
Adrian Lyne
- Lolita
ne va pas. Un tel sujet, surtout à notre époque où certaines choses nécessitent d'être dédramatisées, demande une approche plus personnelle. Une opinion propre au réalisateur.
Revenons un peu sur l'histoire pour mieux appréhender les défauts de construction du film. Un schéma simple s'impose : HH est amoureux de Lo', mais la mère de Lo' barre la route. Donc l'évidence veut que HH se débarrasse de la mère de Lo'. Il ne le fait pas, par manque de courage. De plus, Charlotte Haze est une belle garce, puisqu'elle lit le journal intime de HH. Chose qui à mon sens est d'une grande gravité. Bref, dès ce point de l'histoire, HH est désigné en victime et Haze en mère coupable. Une justice existe en ce bas monde, puisqu'elle clamse, et que le destin jette Lo' dans les bras de HH. Là encore, bien que HH soit amoureux de Lolita, il ne fait rien de concret, c'est bien elle qui se jette sur lui, lui roulant des pelles et l'aguichant comme une allumeuse professionnelle n'oserait même pas faire. Rebelote, HH = victime et Lolita = coupable. Quilty est un salaud qui pique Lolita à HH, en jouant sur le fait que ce dernier n'ira pas à la police, puisque lui-même est pédophile. Il faut savoir que ce Quilty est intéressé par Lolita car il aime faire tourner les petites filles dans des pornos. Et badaboum, HH = victime et Quilty = vrai pédophile. Bon, de tout cela il ressort que HH est plus une victime qu'autre chose.
Mais oui, et non, en fait, car c'est là qu'il aurait été intéressant de prendre parti et de définir la culpabilité. Qui est coupable et de quoi ? En effet, HH succombe sous le charme de Lolita, mais elle le cherche, oui mais n'importe qui de "normal" se faisant draguer par une gamine ne va pas pour autant lui sauter dessus !
Kubrick
Stanley Kubrick
- Eyes Wide Shut
- Shining
- Barry Lyndon
dans son film impose une vision plus personnelle, car primo il définit Charlotte Haze comme quelqu'un de vraiment exécrable, donc définit une culpabilité latente ou tout du moins une responsabilité de celle-ci en tant que mère. Et de plus dans le
Kubrick
Stanley Kubrick
- Eyes Wide Shut
- Shining
- Barry Lyndon
, Quilty a une importance fondamentale, le rôle étant confié à
Peter Sellers
Peter Sellers
- Docteur Folamour ou : comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe
, loin d'être un âne, et ce dernier exacerbe les défauts de Quilty, le rendant encore plus coupable aux yeux du spectateur, et imposant l'état de victime de HH par rapport à Quilty.
D'un autre côté, et toujours à mon sens (je le souligne, car je sais que ce point de vue est loin d'être partagé par d'autres),
Kubrick
Stanley Kubrick
- Eyes Wide Shut
- Shining
- Barry Lyndon
atténue le côté "salope" (n'ayons pas peur des mots) de Lo', afin d'atténuer son côté coupable.
Kubrick
Stanley Kubrick
- Eyes Wide Shut
- Shining
- Barry Lyndon
a compris que si Lo' aguiche, c'est parce qu'elle n'a pas d'autre choix. On sait que Lo' n'aime pas HH, si elle couche avec, c'est parce que dans son esprit, sa mère est toujours vivante (HH cache le décès de la mère à Lo' pendant un laps de temps assez long) et qu'elle n'aime pas sa mère, c'est plus par provocation qu'autre chose. De plus, dans le livre et seulement dans le livre, Lo' est au courant des choses du sexe, même si ce point est suggéré dans le film de
Lyne
Adrian Lyne
- Lolita
, et donc elle ne voit pas de mal à agir comme elle le fait. Donc
Kubrick
Stanley Kubrick
- Eyes Wide Shut
- Shining
- Barry Lyndon
, bien qu'ayant conscience du jeu de Lolita avec HH déculpabilise la petite. Par contre, avec un
Mason
James Mason
en grande forme,
Kubrick
Stanley Kubrick
- Eyes Wide Shut
- Shining
- Barry Lyndon
laisse apercevoir le désespoir de HH, son côté victime ressort, mais l'acte pédophile n'est pas masqué, les rapports sexuels avec Lo' étant (curieusement en comparaison des époques) plus violents.
Bref, pour synthétiser tout ceci, on peut conclure sur le film de
Lyne
Adrian Lyne
- Lolita
en disant qu'il est beau, propre et bien mené, mais que sa netteté peut choquer. A contrario avec le film de
Kubrick
Stanley Kubrick
- Eyes Wide Shut
- Shining
- Barry Lyndon
, qui avait choqué à son époque, non pas tant par la façon dont le sujet était abordé, mais plus sur le fond de l'histoire, puisque la polémique était de circonstance. Ajoutons que le film de Lyne n'a pas connu le succès qu'il aurait mérité, car victime des préjugés et des peurs de notre époque, confronté à des affaires de pédophilie douteuse. N'oublions pas que dans le cas de Lolita, la pédophilie/acte dégueulasse est remplacé par une pédophilie/acte d'amour, aussi choquant que cela puisse paraître à entendre. Peu de gens font hélas une différence, et cataloguent tout sans chercher à comprendre le comment et le pourquoi. L'amour que porte HH à Lolita est, je vous l'assure, touchant et force, malgré soi, à prendre le parti de HH.
Pour une fois, je me permets de déconseiller ce film aux gens qui présentent des signes flagrants d'immaturité, j'estime pour ma part n'avoir abordé que la surface des choses, et un tel sujet, aussi vaste et dangereux, doit amener à la discussion, la polémique, et ceci ne peut-être entrepris que si le film a été saisi.