
Après avoir obtenu avec brio son diplôme universitaire un jeune homme de bonne famille, Christopher Mccandless, décide de refuser un avenir certain à Harvard et de s'éloigner de la vie petit-bourgeois matérialiste qu'il à connu jusque là pour partir sur les routes, sans prévenir personne. Ce qui semble une passade de jeune homme torturé, rejetant sa famille et plus particulièrement son père, se transforme rapidement, au travers de ses rencontres et de ses aventures, en un véritable choix de vie solitaire et en un voyage initiatique sur les traces des grands écrivains qu'il admire (H. D. Thoreau, R.W. Emerson et J. London). Ses envies le guiderons pendant deux ans au travers des grands espaces américains (Dakota, Arizona, Colorado, Californie, Mexique) et au fur et à mesure se dessinera le choix de sa destination ultime : le grand nord et l'Alaska.
Il rejoins Fairbanks en auto-stop par le Yukon (Canada) et s'enfonce dans la nature sauvage d'un parc naturel de l'Alaska avec un équipement relativement succinct.
Il y reste 4 mois, habitant un bus abandonné (le "magic bus 142") aménagé en gîte de randonnée et servant de refuge aux chasseurs d'élan. Il vit de la chasse de petit gibier (il a emporté une carabine) et de cueillette.
Quatre mois au cours desquels sa vision du monde, de la famille et du bonheur se restructure et se réforme, le poussant finalement à envisager son retour vers la civilisation et vers sa famille.
Malheureusement pour lui le chemin qu'il a emprunté à l'aller traverse une rivière que quatre mois de fonte des neiges ont fait passer de l'état de torrent à celui de fleuve tumultueux et impraticable. Dépourvu, il est contraint de retourner s'abriter au fond du bus pour attendre des jours meilleurs...
Malheureusement pour lui ces mois l'ont aussi laissé affaibli par le manque de nourriture et trop de dépense physique. Sa force et son esprit lui font de plus en plus défaut, si bien qu'il commettra une erreur en mangeant des racines toxiques qui le laisseront totalement amoindri ce qui entraînera sa déchéance finale. Il meurt couché dans le "magic bus" en fantasmant son retour vers les siens. Avant de mourir il inscrira dans un de ses livres ces mots sans équivoque : "Happiness only real when shared".

Aspects cinématographiques :
Bien que loin d’être banal, le récit du voyage initiatique d’Alexander Supertramp - nom dont Chris Mccandless se rebaptise très tôt dans son épopée – aurait pu aisément être un piège mélo-dramatico-romantique se refermant sur le réalisateur.
Loin s’en faut ! En évitant presque toujours le trop de pathos, en ne cherchant pas à tout prix à expliquer le pourquoi de l’aventure Mccandlessienne, mais surtout en servant le film avec un montage judicieux et subtil (on va y revenir),
Sean Penn nous transporte dans ce road movie qui se joue à la fois sur le plan terrestre et psychologique. Ajoutez à ce traitement intelligent du sujet, des images somptueuses (signées
Eric Gautier ), une bande son chiadée composée pour le film par
Eddie Vedder (guitariste de Pearl Jam) et un jeu d'acteur magistral(notement de la part d'
Emile Hirsh et vous comprendrez que l'on peut difficilement se sentir floué d'avoir sortit la dizaine d'euros que coûte aujourd'hui le plaisir d'une séance de cinématographe.
Je ne sais pas si le découpage du film suit celui du livre de Jon Krakauer mais en tout cas il y apporte beaucoup. Ayant séparé l’aventure en deux périodes : la période panaméricaine faite de rencontres (2 ans de voyages au travers des états de l’Ouest) et la période nordiste et solitaire (l’aventure de 4 mois en Alaska), Sean Penn à choisi d’entremêler les deux périodes. Racontant au présent l’histoire nordiste il émaille celle-ci de longs flash back -commentés en off par les pensées de la sœur de Christopher (Caroline)- retraçant le cheminement panaméricain et les nombreuses rencontres que le
supervagabon y fit et qui firent évoluer ses buts et sa pensé.
Sur ce découpage, le réalisateur a surimposé un découpage en chapitres titrés à l’écran, à la mannière de
Lars von Trier dans
Breaking the waves , et qui disent bien, si le fait de se rebaptiser laissait un doute, que s’écrit dès lors, la vie d’un homme nouveau : naissance, adolescence, âge adulte, sagesse...
Les rencontres de l’époque panaméricaine viennent indubitablement étayer cette théorie puisque Alexander s’y choisi toute une famille adoptive (Mère, Père, Sœur et Grand-père…)au gré de ses rencontres ce qui lui permettra de finalement faire accepter la sienne à Christopher.
Certains, malgré ces atouts indéniables trouverons certainement quelques scènes trop "
marshmallow" ou trop pathétiques à leur goût, sans en réfuter la présence (peut-être même furent-elles d'ailleurs aussi pathétiques dans la vie, la vraie, de Chris Mccandless) je crois, moi, qu’elles se font oublier par la sincérité et la beauté du reste du film.
On sent en effet que l’attrait de
Sean Penn pour cette histoire tient aussi à sa vision du monde et à ses aspirations profondes. Une histoire digne des plus grands récits de la beat generation qui rappelle à bien des égards le
lonesome traveller,
on the road de J. Kerouac, mais qui s’inscrit dans le modernisme du refus de la société de consommation, de l’apologie de la décroissance de la désobéissance civile et du mythe sauvage, visions à la mode mais dont l’un des inventeur n’est autre que l’écrivain favori du héros : H.D. Thoreau (1817 – 1862) ...
Aspect historiques :
Comme tout récit s’appuyant sur une histoire et sur une histoire vrai de surcroit, on peut chercher à savoir à quel point le scénario reste proche de la réalité ou comment il la modifie. N’ayant pas lu le livre de Krakauer c’est au travers la lecture de maint commentaires que j’ai pu me faire une idée de ce point en particulier. L’histoire comme nous la raconte Sean Penn est fidèle semble t’il au récit de la vie de Christopher Mccandless selon le livre
into the wild de J. Krakauer dont il fait l’adaptation, livre qui sur certains aspects de l’épopée semble, lui, sujet à caution. J. Krakauer se serait lui-même quelque peu projeté dans le héros qu’il raconte. Il semble que le réalisateur s’appesantit moins que Krakauer sur les tenants psychologiques et la personnalité complexe de Mccandless mais en distille toutefois des éléments tout au long du film. Il exagère parfois le trait pour mieux soutenir les concepts du refus de la société et de la renaissance personnelle : Mccandless par exemple n’a jamais détruit l’ensemble de ses papiers d’identités comme le montre le film lors de son passage à Los Angeles où il hésita par contre à stopper son aventure.
De même il évite subtilement les aspects trop pathétique omettant de nous raconter comment la mort de Christopher est survenue alors qu’il se trouvait aux abords d’un parc national gardé et comportant d’autres abris approvisionnés, à moins d’un kilomètre d’un bac manuel permettant de traverser le torrent qui lui fit rebrousser chemin et à proximité d’une piste importante et pratiquée. Il fait aussi l’impasse sur la découverte du corps deux semaines seulement après sa mort par des chasseurs et des touristes arrivant au Bus.