2001, l'Odyssée de l'Espace
1968 - 2h 21m
une critique par Guns
Synopsys
L'histoire de 2001 est assez difficile à raconter. On a beau avoir vu le film plus d'une fois et lu le livre (en fait les livres qui composent la série des "Odyssées"), il n'en reste pas moins qu'une impression de compréhension personnelle, difficile à partager. Je vais quand même tenter de vous résumer l'histoire.
Le film s'ouvre sur une période reculée de notre histoire, à savoir la pré-histoire. Nous sommes les témoins d'une scène mettant en jeu deux groupes de primates. La période est relativement peu précise, puisque ces primates sont d'un aspect hominidés, mais ils sont à quatre pattes (j'en parle dans la section "que faut-il en retenir?"). L'arrivée d'un monolithe noir va déclencher plusieurs choses, dont le passage à la position verticale, mais aussi une certaine agressivité ressort du groupe.
Changement d'époque, changement de moyens. Nous sommes maintenant en 2001, comme le titre nous l'indique, et une mission s'apprète à partir explorer Jupiter. Au passage on découvre un monolithe noir sur la lune, satellite de la terre parfaitement colonisé à cette époque.
Nous nous retrouvons dans le vaisseau qui ammène une équipe de scientifiques vers Jupiter, et ces derniers sont endormis pour le voyage. Restent deux astronautes à bord : Bowman et Poole, qui sont accompagnés d'un ordinateur qui gère tout, à savoir HAL 9000 (traduit par Carl en VF. Un peu comme si RAM (random access memory) était vendu en France sous le nom de MAA (mémoire à accès aléatoire)!). Nous découvrons alors un ordinateur très convivial, surpuissant, et doté d'une intelligence qui, bien qu'artificielle, n'en est pas moins supérieure.
Au cours de la mission, HAL perd les pédales, et décide de tuer tout le monde. Seul Bowman s'en sort en débranchant HAL, mais, son destin est plus qu'incertain. En effet, seul dans un vaisseau qui n'a plus aucun contrôle automatique, c'est pas gagné. Quoi qu'il en soit, il décide de poursuivre sa mission, et arrive près d'un monolithe noir, mais celui-ci immense. Il va alors l'explorer. Il est en contact radio avec la terre, et il fait vivre en temps réel ce qu'il ressent.
La fin est encore plus inracontable que le reste, sur le plan de l'histoire du moins, je vais m'efforcer par contre de la rendre accessible dans la partie suivante.
Critique
Avant d'entrer dans une analyse du film et de son sens, on va parler du film techniquement. Il faut en premier lieu rappeler que
2001 est le premier film à utiliser l'informatique pour gérer des effets spéciaux, et que ce film a été réalisé entre 65 et 66, puis le montage a duré 2 ans, pour que finalement le film sorte en 68, c'est-à-dire un an avant que l'homme marche sur la lune pour la première fois. Il faut donc lorsque l'on voit le film le replacer dans son contexte scientifique au niveau de l'exploration de l'espace. Pour en revenir aux effets spéciaux, le film en compte 205, pour la plupart effets visuels travaillés par optique de caméra, et montage. L'ordinateur n'ayant tout de même qu'une place relativement faible dans l'élaboration de ces derniers.
Le film est dès sa sortie qualifié de space opera. Il va définir d'ailleurs ce genre comme étant à part dans le genre plus général de la SF. Le film de SF du siècle étant pour certains
Star Wars, il convient de rappeler que contrairement à ce que certains disent,
Star Wars n'est pas un space opera. En essayant de définir le genre, on peut dire qu'un space opera est la transposition d'un opéra dans l'espace. Donc, il doit y avoir une histoire, séparée en acte, où la musique doit transcender les faits et les événements. C'est le cas de
2001. Le film peut en effet être séparé en plusieurs actes, avec le début pré-historique, un milieu séparé en 2 parties, qui sont la préparation du voyage et le voyage en lui-même, et une fin qui peut être considérée sous un double angle : tragique et optimiste.
La photo du film est un exemple du genre, puisque filmer l'espace n'est pas possible, il s'agit de le re-créer sur terre, et de le rendre crédible. On ne voit pas dans
2001 d'explosions impossibles dans l'espace, on ne voyage pas non plus à une vitesse supérieure à celle de la lumière, d'ailleurs on n'atteint pas celle de la lumière. Le film a bénéficié d'un conseil technique considérable, notamment par des techniciens de la N.A.S.A,
Arthur C. Clarke
Arthur C. Clarke
- 2001, l'Odyssée de l'Espace
ayant beaucoup de relations avec cet organisme. Le ciel étoilé est magnifiquement rendu, avec notamment le scintillement d'étoiles lointaines respecté, et surtout des différences de luminosités aux approches des planètes, astres lumineux par réflexions solaires.
Derrières ces détails qui montrent bien l'attention particulière dont le film a fait l'objet, d'autres éléments forcent l'admiration. La musique choisie est parfaitement en adéquation avec le film, à un tel point qu'Ainsi Parlait Zarathoustra, de
Richard Strauss
Richard Strauss
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, a été banalisé pour un public néophyte en musique classique. Une scène admirable, qu'on peut qualifiée d'anthologie, est l'arrivée de la navette transportant le Dr Floyd à la station orbitale. Cette scène est sans dialogue, et se déroule sur l'air du Beau Danube Bleu de
Johan Strauss
Johan Strauss
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. C'est alors un ballet spatial qui se déroule sous nos yeux. Le spectacle est renversant. Ce genre de scène légendaire est légion dans ce film. On peut ainsi parler de la scène du début, ou le primate lève son gourdin sur l'air justement d'Ainsi Parlait Zarathoustra.
Les effets spéciaux sont totalement transparents, et sont juste là pour permettre au film d'avoir une crédibilité supplémentaire. Ils ne sont pas de l'esbrouffe ou du spectaculaire, ils sont juste du réalisme. Après avoir parlé de la musique et de la photo, on s'attarde un peu sur les acteurs, avant d'attaquer la réalisation.
Les acteurs du films sont comme souvent chez
Kubrick
Stanley Kubrick
- Eyes Wide Shut
- Shining
- Barry Lyndon
des gens totalement inconnus, du moins du grand public, et pour les premiers rôles.
Kubrick
Stanley Kubrick
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- Shining
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rejoint par cette méthode un grand réalisateur français,
Robert Bresson
Robert Bresson
. On ferme la parenthèse, et on revient aux acteurs. Leur jeu est sans fautes, mais il faut reconnaître qu'on ne leur demande pas beaucoup. La force du film réside dans son histoire, et dans son esthétique. L'ordinateur HAL a une place très importante dans le film, et le comédien qui lui prête sa voix fait un très bon travail. En effet, il arrive à faire passer des sentiments et des émotions sous une voix monophasique. Essayez pour voir, vous comprendrez l'importance du travail accompli.
Parlons un peu de la réalisation de
Kubrick
Stanley Kubrick
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. La rumeur fait état de doses importantes de LSD qui auraient traînées sur le plateau, et que cette substance serait à la base du génie du film. Si c'est vrai, il serait temps d'en produire en masse et de le légaliser ! Pour être sérieux, la réalisation de
2001 montre tout le talent de
Kubrick
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, encore une fois avec ses déplacements de caméra très lents, sa gestion de la caméra quand elle prend la place de l'oeil de HAL...
Kubrick
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invente réellement un langage de caméra. L'instrument ne sert plus à capturer des images, il nous parle, lui seul. La caméra de
Kubrick
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pourrait avoir son rôle dans le script et dans le scénario.
Le brio de
Kubrick
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réside en sa faculté de visionnaire. Il pense, il sent ce qu'il pense, et pour dire ce à quoi il pense, il visualise la scène possible, brute, puis rajoute autour un esthétisme qui permet de camoufler un message qui serait sinon trop visible et qui perdrait sa saveur. Quand on veut dire quelque chose, souvent on passe par la métaphore, car elle a plus d'impact.
Kubrick
Stanley Kubrick
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est un as de la métaphore.
En somme nous avons un film techniquement parfait. Dont la narration est impressionnante, par ses changements d'époque, et même ses changements de dimension. Justement, après avoir vu le sucre, voyons le coeur de la friandise.
Comme je l'ai dit au début de l'histoire, le film débute par une scène assez difficile à définir temporellement. Les primates sont en position accroupie ou à quatre pattes, et passent en position verticale à partir du moment où le monolithe arrive. Ceci pourrait donc correspondre à un passage encore mal défini dans l'évolution humaine, au niveau de la séparation de la lignée humaine avec la lignée des grands singes. La position debout adoptée par les protagonistes se rapproche pourtant plus d'une position homo erectus que d'une position australopithèque. Si je parle de ceci, c'est juste pour essayer de définir l'époque où le monolithe arrive sur terre, c'est-à-dire à peu près il y a 5 millions d'années.
Le premier élément que l'on peut obtenir du monolithe, c'est qu'on peut le qualifier d'élément renforçateur. C'est-à-dire un élément qui accentue le comportement d'une espèce. L'effet renforçateur se voit très bien quand le primate prend conscience de l'outil. C'est le seul élément qu'on peut obtenir à ce moment du film. Plus tard, lorsqu'on découvre un deuxième monolithe sur la lune, plusieurs questions peuvent se poser : par hasard, la scène de début ne se déroulait-elle pas sur la lune, avant que son atmosphère disparaisse ? Ce genre de question peut-être posée par les enfants dont j'étais la première fois que j'ai vu le film. La deuxième question qui peut se poser est : n'y aurait-il pas un système de relais entre ces deux monolithes ? En effet, le monolithe semble être un instrument créé ou taillé par des êtres vivants. Ne se seraient-ils pas posés sur la lune et sur la terre, puis auraient évolués parmi nous, avec nous ?
Balayons ces hypothèses, elles sont fausses. Lorsque le vaisseau arrive près du monolithe géant, on se rend compte que HAL pête les plombs. Comment cela est possible pour un ordinateur ? En fait, l'explication la plus logique est la suivante : HAL est un ordinateur "intelligent" dans le sens où il possède des algorithmes qui lui permettent d'avoir une réflexion basée sur des données programmées. A l'approche du monolithe, HAL devient vraiment intelligent. Il prend conscience de son état et on pourrait dire qu'il possède maintenant une âme. C'est cette prise de conscience qui est à la base de sa folie. Un être très intelligent qui apprend qu'il n'est qu'une création d'autrui, qu'il n'a pas de parents (donc pas de racines), qu'il n'est qu'un instrument, sombre dans le doute. Ce doute est ce qui mène HAL à la folie. La scène où Bowman débranche HAL est d'ailleurs bouleversante, puisqu'au fur et à mesure que ses données sont enlevées, HAL "retombe en enfance", il récite les cours que lui apprenaient ses instructeurs. On se prend, nous humain, à avoir de la pitié pour cette machine meurtrière, justement parce qu'elle n'est plus une machine. Il y a de l'injustice à voir qu'un être prend conscience de son existence juste quelques minutes avant qu'on l'assassine. "Être ou ne pas être, là est la question" nous dit
Shakespeare
William Shakespeare
, mais la question ne s'est pas posée à HAL, on y a répondu pour lui. Si HAL tue tout le monde, ou du moins tente de tuer tout le monde, c'est justement par ce qu'il a peur que cette liberté découverte lui soit retirée. Ce qui se passe. Je ne viens pas de vous faire un plaidoyer pour la défense de HAL, mais je viens de vous expliquer, A MON SENS, pourquoi HAL est fou, et pourquoi cet état de fait n'est pas choquant.
Bon, vous avez réussi à suivre pour l'instant, c'est bien, mais je ne vous promets rien pour la suite.
Kubrick
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dit lui-même que
2001 est un film à fin ouverte, qui laisse libre chacun de faire son interprétation. Je ne prétend donc aucunement avoir la vérité, mais juste vous exposer mon point de vue.
La fin de
2001 est un trip, comme le dit
Kubrick
Stanley Kubrick
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lui-même. Le mot trip dans la bouche du réalisateur peut prendre plusieurs sens : voyage, hallu ou encore feeling. La fin de
2001 la première fois que je l'ai vue, m'a plongé dans un état proche de la cristallisation, et j'ai du attendre un temps indéfini avant de pouvoir faire un mouvement. La fin est en effet extatique et interrogatrice. Quand Bowman part dans son monolithe, il entre en quelque sorte dans un monde parallèle. On ne sait dès lors plus du tout où se trouve la réalité, et le rêve de Bowman. Tous se passe par son discours, et on sait que l'homme se sait condamné, il peut donc très bien nous dire n'importe quoi. Arrêtons d'être parano, et croyons-le. Il entre donc dans un univers parallèle, composé de plusieurs scènes, où Bowman va se rencontrer, et découvrir une autre vérité résidente dans un autre état : il perd le matérialisme humain pour ne plus qu'avoir un spiritualisme divin. Hé oui, il devient une sorte de Dieu. On pourrait même dire après lecture du livre (qui explicite plus cette fin, j'y reviendrai) qu'il est un apprentis Dieu. Pour que les choses soient claires, je vous répète ce que dit
Kubrick
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de son film quelques années après : "[...] Bowman touche le fond, le cartésianisme qui l'illumine n'est autre que l'imaginaire débordé, pris d'assaut par tant de visions qu'il lui faut une représentation, un point de repère. Sa vie est terminée avant même qu'il ait commencé son voyage. Son inconscient oeuvre pour l'inconscient collectif. Il pénètre Dieu comme Dieu à pénétré les hommes ; il enfante un nouveau soi, une nouvelle croyance que les hommes s'efforceront de déchiffrer". On ne peut être plus clair sur l'avenir de Bowman.
En fait, c'est vrai que le livre et ses suites explicitent tout ceci, mais par la vision de
Clarke
Arthur C. Clarke
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, qui ne saurait être qu'une vision parmi tant d'autres. En s'éloignant du principe philosophique du film, et en revenant à une SF plus "brute", les extra-terrestres doués de pouvoirs immenses sont nos Dieux. Ce sont eux que nous appelons Dieu, Allah, Bouda, Poussah, Zeus... bref, tout le tintouin. Ils ne sont pourtant qu'une espèce parmi tant d'autres dans l'univers. Mais leur savoir leur a permis de se débarrasser du superflu : l'enveloppe, l'écrin qui entoure notre âme. Ils sont devenu des entités à part entière, chacun d'entre eux. Et Bowman est en passe de les rejoindre, il apprend beaucoup, et renaît sous forme d'entité spirituelle (d'où la métaphore de la fin avec le foetus). Ce sont ces extra-terrestres qui avaient, il y a 5 millions d'années, envoyés partout dans l'univers des monolithes, sortent de radio-émetteurs chargés de les avertir si un développement d'une intelligence occurait. Le grand monolithe n'était qu'une porte pour atteindre leur univers. Néanmoins, ces monolithes ne sont pas que des bornes émettrices, mais sont aussi facteurs déclenchant de l'intelligence. On le voit tout au long du film. Cette théorie est très intéressante, si on se rappelle que des peintures rupestres font état d'échelles géantes qui montent vers le ciel, on est en droit de se poser des questions. Si en plus on considère que le départ de la lignée humaine est quelque chose de très floue... Personnellement je ne crois pas aux visites d'extra-terrestres, mais il est évident qu'ils existent, ce serait prétentieux de croire que dans un univers qui comporte tous les atomes qui nous composent, nous soyons les seuls êtres vivants à nous développer. Vous vous rappelez que j'avais parlé plus haut d'une fin tragique et optimiste, vous venez d'en lire les raisons.